Bertrand Cantat et l’idée de justice abîmée par la vindicte populaire

La violence autour des concerts de Bertrand Cantat me pose question sur les dérives actuelles de notre société.
Je pose en préalable que rien n’effacera l’abomination du crime commis par l’intéressé.
Notre justice repose sur un principe fondamental: à un crime, à un délit donnés correspondent des peines données fixées par la loi; une fois la peine purgée, le condamné reprend pied dans la société. Cela n’efface pas la douleur des victimes ni l’acte, mais la justice est ainsi.
Notre société dérive en voulant appliquer des peines complémentaires, souvent d’opprobre public, une sorte de condamnations à mort sociale et morale qui voudraient que le condamné soit appelé à porter chaque jour les stigmates de l’acte, au-delà de la purgation de la peine.
On n’est pas obligé de suivre Bertrand Cantat, d’écouter ses chansons… mais quand on lui crache au visage, que l’on balance des projectiles lors de ses concerts pour lui interdire d’exercer son métier, on contribue à bafouer la justice, on critique une décision de justice et on tord le principe de l’Etat de droit en niant à la Justice son rôle de régulateur par le glaive et la balance. La vindicte populaire lorsqu’elle applique l’interdiction pour Bertrand Cantat d’exercer son métier outrepasse et nie la justice qui n’a pas prévu une telle peine complémentaire.
La morale est sélective aussi. Après tout, après plusieurs condamnations, Patrick Balkany, comme d’autres élus, est toujours Maire…
Le féminisme, le racisme, d’autres causes, aussi nobles soient-elles, ne peuvent surpasser le principe de justice qui sous-tend le contrat social de la République française.
Parmi les vertus et les valeurs qui ont conduit à mon engagement pour le socialisme, il y a cette idée de Justice. La justice, rien que la justice. Dans une société où tout vaut tout, il n’y a plus de hiérarchies qui permettent à la Raison de s’exercer et donc de préserver le Contrat social. Les brebis redeviennent des loups, la balance s’efface au profit du talion. 
Que ceux qui doutent relisent les Misérables… et s’ils doutent encore, c’est que Victor Hugo est désormais terrassé par de nouveaux obscurantismes.

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