De la confusion des genres…

Montesquieu : « Les démocraties périssent par le luxe, les monarchies par la pauvreté ».

La France vit depuis quelques jours une crise de régime inédite depuis qu’un collaborateur du Président de la République a été filmé molestant deux individus en marge des manifestations du 1er mai 2018. Depuis, des photos sortent un peu partout, montrant le même individu dans différentes fonctions et postures…

L’affaire, puisqu’il s’agit d’une affaire, ne cesse de prendre de l’ampleur… Derrière, on sent poindre une guerre des polices et surtout des institutions contre le Président lui-même. En jeu, ce nouveau service de sécurité de la Présidence de la République séparant vie privée et vie publique.

Cette conception ne peut que provoquer ce résultat. Voici pourquoi.

On aimerait naturellement que la République française adopte la même simplicité que les Etats du Nord de l’Europe, où Premier Ministre, membres du Gouvernement et même monarques peuvent aller et venir librement dans les rues sans que cela ne pose de problème majeur… ou du moins avec une surveillance légère. Cela fait moderne. Notre Président aspire sans doute à cette transformation. Mais voilà, comme souvent en France, on prend la moitié de ce qui vient de chez nos voisins. Il manque à cette conception la « transparence » nécessaire à la garantie donnée aux citoyens que la liberté qu’ils concèdent au Chef de l’Etat est bien employée. Dans la démocratie française, que le Chef de l’Etat veuille à ce point cacher sa vie privée entraîne suspicion et doutes. A juste titre quand il n’y a ni responsabilité ni transparence. Un scandale tel que celui que nous traversons donnerait lieu dans n’importe quel pays d’Europe du Nord à la démission du Chef du Gouvernement (pour les monarchies) incriminées. Pas chez nous… Et il y a lieu de douter de l’emploi de cette « task force » hors de contrôle. Ce qui n’est pas contrôlé, ce qui n’est pas équilibré par un contre-pouvoir donne lieu à des déséquilibres.

L’autre conception vient des Etats-Unis, avec leur fameux « Secret Service ». Mais voilà, la différence entre le Secret Service et ce que veut Monsieur Macron réside dans le fait que le Président américain se plie aux décisions du Secret Service et non l’inverse. Il est une garantie de la permanence de l’Etat. Il protège autant le Président des autres que de lui-même. Dans une démocratie, le Chef de l’Etat n’a pas tous pouvoirs. Il est corseté par la Constitution. Il doit se mouler dans les institutions et accepter une part sacrificielle de sa vie privée.
On ne peut nier qu’il y ait des progrès à faire dans le « secret » que doivent garder les membres de la sécurité élyséenne. Mais l’idée même de se constituer une sécurité privée est à l’opposé de la République telle qu’elle s’est construite. Ou alors, il faut un Parlement très fort. Gageons que cette crise va fournir au Parlement le moyen de rééquilibrer les pouvoirs entre l’Exécutif et le Parlement.

Il ne peut pas y avoir un mélange hybride entre les deux systèmes où seul le confort du Président serait la norme. La France – jusqu’à l’adoption d’une nouvelle Constitution – est un gouvernement du peuple, pour le peuple et par le peuple. Il ne saurait en être autrement. Ceci impose un « confort spartiate » du premier d’entre nous.

Post scriptum : Dans le bréviaire des politiciens, Mazarin écrivait que la plus grande force d’un homme politique c’est de dire la Vérité. Le mensonge entraîne le mensonge de justification qui entraîne d’autres mensonges… jusqu’à affaiblir l’Etat lui-même.

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