Le problème du PS n’est pas (que) générationnel!

Pendant tout le quinquennat de François Hollande, le Parti socialiste a été traversé par une querelle idéologique entre les anciens et les modernes. Le flambeau du modernisme ayant été préempté par les « pragmatiques »… La majeure partie d’entre eux est aujourd’hui partie chez Emmanuel Macron pour appliquer les théories d’Adam Smith et les recettes de Thatcher et Reagan, 40 ans après!

Aujourd’hui, alors que le PS est dans un état clinique alarmant, la nouvelle querelle serait « générationnelle ». On nous dit qu’il faut changer de génération… On réglerait enfin le retard générationnel que le PS français a pris en 2002, lorsqu’une génération de politiques est restée à la porte du pouvoir, après que Lionel Jospin lui a claqué sur le nez en 2001, après l’effacement de sa dream team pour faire entrer au gouvernement Daniel Vaillant et Laurent Fabius. Le moteur de cette génération a été la frustration. Ils ont continué de prospérer sur des stratégies individuelles qui montrèrent déjà des failles dans la cohérence politique lorsque Arnaud Montebourg apporta son soutien à François Hollande au 2ème tour de la primaire de 2011, ou encore, lorsque Benoît Hamon et Arnaud Montebourg crurent un seul instant qu’ils pourraient dealer durablement avec Manuel Valls, en 2014, lorsqu’ils descendirent ensemble les Champs-Elysées… Tout se continua en 2017 avec cette primaire délétère qui fut une « primaire d’empêchement », avec un calendrier ne laissant pas le temps à un autre candidat que le Président sortant d’asseoir sa stature, sa candidature et ses idées. Et je ne parle même pas des enfantillages de celui qui brigua l’investiture du PS à la présidentielle, lui tourna le dos après l’échec et refusa tout dialogue sur les causes, les conséquences préférant la trajectoire de son destin solitaire.

Une nouvelle génération serait prête à prendre la relève. Si on regarde bien la composition de la direction collégiale et provisoire de notre parti, combien sont des perdreaux du dernier congrès? Combien sont dans les instances nationales depuis 3, 5 ou 10 ans? Nouvelle génération?

 

Le problème n’est pas là! Emmanuel Macron nous a prouvé lors de sa campagne présidentielle qu’on pouvait être très jeune et pourtant être plus vieux que ses concurrents. Le problème du PS n’est pas générationnel, mais un problème lié aux idées.

Le PS n’a pas adapté son logiciel. Notre fond de commerce premier, c’est l’Egalité. Nous n’avons pas mesuré à quel point dans une société individualiste, où les écarts de revenus entre les plus précaires et les plus riches n’ont jamais été si importants, nous étions inaudibles et pas porteurs d’espérance.

Nous reconstruire n’est pas un problème de génération, mais un problème de compréhension du monde tel qu’il est et d’adaptation de nos réponses politiques.

Nous ne sommes pas capables d’adapter nos grilles de lecture à la Révolution numérique qui se déroule dans un contexte écologique qui s’impose à nous. La question n’est pas de repartir des territoires et de ce que nous faisons dedans, comme c’est la tentation à chaque claque électorale, nous repliant sur l’Aventin du « socialisme municipal ».

La question qui se pose à nous est la suivante et se décompose ainsi:

  • Quelles sont nos valeurs?
  • Voulons-nous reprendre le pouvoir ou être un parti supplétif du parti unique des classes dominantes?
  • Si oui, pour quoi faire?
  • Quelles analyses tirons-nous des nouvelles inégalités qui se créent dans la révolution numérique? Elles ne manquent pas… elles concernent le travail, les revenus, l’éducation, l’accès au numérique, la santé, la citoyenneté… Et quelles réponses proposons-nous avec comme boussole l’Egalité, la Justice sociale et l’émancipation des individus?
  • quelle vision politique proposons-nous aux Français pour inscrire notre engagement dans la durée avec un objectif accessible de transformation de la société? Sortons de la gestion pour la gestion. François Hollande a péri non pas tant par l’inadéquation de ses propositions que par son incapacité à proposer une vision, un chemin aux Français et à dire comment l’emprunter. Mêlez des vagues, des rochers, du vent et de la brume et personne ne s’engage sur votre bateau sans radar et confiance dans le capitaine.
  • Vient ensuite la question des alliances. Et l’échelon européen est me semble-t-il la priorité, parce que c’est là que se joue la question sociale.

Nous redresser suppose d’admettre que nous avons changé d’époque, de cadre économique, de cadre même de structuration de la pensée. A ce travail, toutes les générations qui composent le socialisme sont les bienvenues. La question du leadership devient secondaire, si on est capable de retrouver une analyse claire, des réponses crédibles et une utilité politique. L’enjeu est clair pour nous : actualiser la République sociale de Jaurès aux défis du 21ème siècle. C’est possible. En avons-nous la force? C’est moins sûr.

One Comment

  1. Viviane Micaud

    2 novembre 2017 10:54 , Répondre

    100% d’accord avec ce texte. Je pense que la première cause de dérive du PS, est l’impossibilité de virer le Premier Secrétaire, quand il agit en désaccord avec les attentes des militants et de ces représentants. C’est ce qui explique que depuis 20 ans, à l’exception notable de Martine Aubry, le 1er secrétaire était occupé à gérer des rivalités d’appareil en déconnexion avec les militants. Pourquoi s’occuper des militants, pourquoi tenir ses engagements, puisque de toute façon la situation est inoxydable? Il faut mieux s’occuper à créer des affiliés pour son pouvoir personnel.
    Chez les anglais, en cas d’échec électoral le leader du parti démissionne. Et, une nouvelle dynamique est prise.
    Bien sûr, nous sommes civilisés. Si un 1er secrétaire est en minorité, il faut l’aider à démissionner avec panache pour l’intérêt général avant toute procédure.

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