« Premier de cordée », monsieur Macron a décidément un problème avec l’héritage de la Révolution française

« Premier de cordée »…
Quelle métaphore inspirante qui montre une nouvelle fois que Monsieur Macron a un problème avec l’héritage des Lumières, de la Révolution française et notre triptyque Liberté Egalité Fraternité.
Permettez-moi quelques détours sur cette symbolique du « Premier de cordée ».
La vision de la société française que défend Monsieur Macron s’apparente peu ou prou à l’idéologie développée par le Roi Lion de Walt Disney : dans la société, il y a des dominants et des dominés et un ordre naturel qui doit être respecté. Dans une cordée, le premier de cordée ne change pas, c’est toujours lui qui est devant et qui ouvre le pas. Personne ne prend sa place, elle ne s’interchange pas au gré des envies des uns et des autres ou de leur montée en compétence. Premier de cordée, c’est un ordre établi, que l’on ne conteste pas. Promouvoir cette image traduit bien la pensée profonde de Monsieur Macron : la France doit redevenir une société d’ordres. 
De manière sous-jacente, la société de Monsieur Macron est organisée autour d’une élite qui doit conserver la pôle position et que personne ne doit remettre en cause. Qu’un certain nombre de capitaines d’industrie et de la finance français soient des héritiers – n’est-ce pas Monsieur Gattaz – partis déjà d’un camp de base à 2500m d’altitude quand les autres partent de ground zero n’y change rien pour Monsieur Macron… Cette distinction, depuis la nuit du 4 août s’appelle l’Egalité. On peut la qualifier de « passion triste », mais alors, il faut accepter d’être rangé dans le camp de la réaction. Pour ma part, je crois que le combat pour l’Egalité est tout sauf triste, tout sauf un nivellement par le bas, mais une aspiration au mieux. Penser que l’Egalité est un nivellement vers le bas est une réflexion de rentier installé. 
Quand une cordée dévisse, parce que le pied du premier de cordée a été imprudent, il arrive deux choses : soit il entraîne toute la cordée dans sa chute, soit ce sont ceux de derrière qui retiennent le début de la cordée. Cela s’appelle faire société. La Fraternité en somme. César n’a jamais construit les ponts tout seul, quoi qu’en dise sa formule dans le De bello gallico : « et Caesar fecit pontem »…
On me rétorquera, enfin, que Monsieur Macron n’interdit pas la multiplication des « premiers de cordée » et que donc tout un chacun en France peut devenir « premier de cordée ». En théorie oui, dans la pratique, il suffit de regader les verrous que la société s’est imposée pour que la France d’en haut reste dans l’entre-soi entre oligarques administratifs et capitaines de la finance pour comprendre que la promesse républicaine ne fonctionne plus.
La France rêvée de Monsieur Macron n’est pas une démocratie c’est soit une oligarchie soit une démocratie. Pour le coup, il n’en est pas à la tête de la cordée, mais ses discours jalonnent maintenant une vraie corde à noeuds avec des repères clairs :
« Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le roi n’est plus là ! On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d’y placer d’autres figures : ce sont les moments napoléonien et gaulliste, notamment. Le reste du temps, la démocratie française ne remplit pas l’espace. On le voit bien avec l’interrogation permanente sur la figure présidentielle, qui vaut depuis le départ du général de Gaulle. Après lui, la normalisation de la figure présidentielle a réinstallé un siège vide au coeur de la vie politique. Pourtant, ce qu’on attend du président de la République, c’est qu’il occupe cette fonction. Tout s’est construit sur ce malentendu. »

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